lundi 10 novembre 2014

Le tourisme peut-il vraiment aider les Batwa ?



C’est la question que je me suis posée le weekend passé en faisant le « Batwa trail » proposé par le Mount Gahinga National Park (MGNP) en Ouganda, situé tout près de la frontière congolaise de Bunagana.

De Kisoro à l’entrée du MGNP, le paysage est magnifique. Il faut imaginer une route cahoteuse avec en toile de fonds les volcans Muhabura (4127m), Gahinga (3474m) et  Sabyinyo (3674m). Comme au Congo voisin, les paysages sont champêtres : des petites maisons éparpillées dans des collines au milieu de champs de pomme de terre. Par endroit, des bambous nous rappellent que la forêt originelle n’est pas loin. La route se termine à l’entrée du parc, dans la forêt au lieu-dit « Ntebeko » à 2 340 m d’altitude.



Les formalités accomplies, me voilà donc en train de m’enfoncer dans la forêt accompagnée par  quatre (4) Batwa, un guide et un ranger armé d’Uganda Wildlife Authority. D’entrée de jeu, mon attention se porte sur mes guides Batwa, leur 


aisance dans la forêt, leurs habits traditionnels, les traits de leurs visages. Le plus vieux m’explique qu’il a connu la fameuse ethnologue américaine Diane Fossey, qui était plus connue sous le nom de Nyiramacibiri.
 Cette dernière étudiait les gorilles des montagnes avant qu’elle ne soit assassinée dans la forêt en  décembre1985  (dans la partie rwandais du parc). Aujourd’hui son meurtre reste  d’ailleurs un mystère.



Pour en revenir à mes guides Batwa, ces derniers m’expliquent plusieurs aspects de leur vie passée : comment  transporter de l’eau dans des tiges de bambou, comment chasser et piéger des animaux, comment faire du feu en frottant deux morceaux de bois (en moins de 10 minutes !), comment ils habitaient en forêt dans des campements temporaires, les plantes médicinales utilisée, leurs musiques, leurs danses et le lieu ou leur chef tenait des réunions dans la grotte de Garama.

Cependant, je ressens une certaine nostalgie et tristesse dans leurs propos. En effet, depuis 1991, les Batwa n’ont plus le droit d’habiter leur forêt. La cause ? La nécessaire protection des derniers gorilles des montagnes. En effet, les autorités ougandaises ont considéré que leur présence pouvait à terme mener à l’extinction des derniers gorilles des montagnes du fait notamment de leurs activités de chasse (même si les Batwa ne chassent pas les gorilles, ces derniers peuvent se retrouver piégés dans leurs pièges).
 Les profits substantiels liés à l’exploitation touristiques des derniers gorilles des montagnes ne sont probablement pas étrangers à cette situation. 

Aujourd’hui, les Batwa vivent à la périphérie du parc tout comme au Rwanda voisin. Ils doivent demander l’autorisation aux autorités du parc pour pouvoir y rentrer à condition qu’ils reviennent avant la nuit. La chasse n’est plus tolérée. Seules les activités de cueillette (notamment de plantes médicinales) sont autorisées.Ce brusque changement de mode de vie a eu des conséquences sur la vie des Batwa.

 Outre leur diminution probablement lié à la déforestation (un recensement de 1996 estimait le nombre de Batwa en Ouganda à 2 000 individus seulement), certains ont sombré dans l’alcoolisme, d’autres sont tombés dans l’extrême pauvreté, ne pouvant se convertir à l’agriculture par manque de terres ou par inexpérience.



 Le mépris aussi dont ils sont parfois victimes de la part d’autres ethnies, n’a probablement pas aidé à améliorer leur sort (certains les considérant comme des cannibales !) Comme pour les Amérindiens d’Amérique du Nord, ils doivent lutter pour la survie de leurs traditions. Mais combien de temps pourront-ils tenir ?



Aujourd’hui, en partenariat avec le Mount Gahinga National Park MGNP, les Batwa font visiter aux touristes la forêt  leur font connaître leurs savoirs et leur culture. Le MGNP reverse d’ailleurs aux Batwa la moitié des recettes touristiques générées par le Batwa trail (sur une entrée à 80$, 40$ sont reversés sur un compte bancaire géré par les Batwa). Avec l’encadrement du MGNP, cela permet aux Batwa d’acquérir quelques terres.

 Mais ces recettes sont minimes car la plupart des touristes viennent pour les gorilles ou les volcans et les recettes générées ne profitent pas de la même façon aux Batwa (une petite partie des recettes finance des
 projets communautaires).
 
 
Pour conclure, les Batwa s’accommodent tant bien que mal de cette nouvelle vie hors de la forêt et les autorités ougandaises, conscientes de leur fragilité, essaye de leur faire profiter du tourisme. Mais en observant mes compagnons Batwa, j’avais comme l’impression de le  voir déracinés, rêvant à leur paradis perdu… d’ailleurs, la survie des gorilles à bon dos, les Batwa ayant vécu des millénaires à leurs côtés dans la forêt…

La question de la survie des Batwa reste donc une question d’actualité en Ouganda et probablement dans toute la région.
 

A suivre…

Esther NSAPU 


mardi 14 octobre 2014

Bunyonyi, le lac aux oiseaux

Une vue du lac Bunyonyi en Ouganda

De retour de Kampala en Ouganda, j’ai eu envie de découvrir le lac de Bunyonyi dont j’avais beaucoup entendu parler. C’est ainsi qu’à Kabale, au lieu de poursuivre sur Kisoro, je décidais de passer quelques jours au lac de Bunyonyi au cœur du pays « Rukiga ».

Le lac Bunyonyi se situe non loin de la frontière rwandaise et les Rukiga sont une ethnie parmi la centaine que l’Ouganda compte. La langue Rukiga a d’ailleurs quelques similitudes avec le Ikinyarwanda (à titre d’exemple le lait se dit « amate » en Rukiga alors que c’est « amata » en Ikinyarwanda et l’eau se dit « amezi » en Rukiga alors que c’est « amazi » en Ikinyarwanda).  

Le premier jour, je suis parti dans un des nombreux canaux à moteur, à partir du village de Bufuka. Ce lac compte pas moins de 29 îles et îlots ce qui en fait la renommée. Parmi ces îles, j’ai pu aller sur l’île de « Bwama », « Bushara » et « la Punition ».

L’île de Bwama  est la plus grande île du lac. Elle abrite une école secondaire permettant à 157 élèves, parmi les plus démunis de la région d’étudier.  Auparavant, cette école était une léproserie qui permettait de soigner les malades de cette maladie qui était très répandue au début du XXème siècle.  Sur les 157 élèves 47 sont internes. Les autres viennent chaque jour en petites pirogues. L’école abrite aussi un laboratoire de physique chimie ainsi qu’une ancienne église anglicane de 1946 et une clinique moderne. Le tourisme est aussi très répandu et nombreux sont les touristes qui visitent l’école. Ces derniers laissent parfois une petite contribution qui aide l’école à subvenir aux besoins des élèves.

L’île de la Punition m’a rappelé une île du lac Kivu. En effet, c’est sur cet îlot que les villageois mettaient les jeunes filles enceintes non mariées. Les pauvres ne pouvaient survivre, l’îlot étant marécageux et tout petit, à moins qu’un pauvre villageois, sans moyens pour payer la dote, ne la prenne pour la marier.
L’île de Bushara abrite de nombreuses espèces d’oiseaux comme le Coliou rayé, le Loriot de Percival ou le Cormoran très commun ici.


 
J’ai été également surprise par l’importance du tourisme autour du lac. On y dénombre pas moins de 14 hôtels. La plupart offrent des hébergements sous tentes qui attirent particulièrement les touristes étrangers. Beaucoup apprécient les paysages mais aussi la spécialité culinaire du lac, l’écrevisse (une sorte de crustacé d’eau douce).


Avant de partir, j’ai parcouru les champs autour du lac. On y retrouve tout ce qui est cultivé au Kivu : patate douce, pomme de terre, banane matoke…
Ici aussi, les enfants filles et garçons  rejoignent les champs après l’école et cela pour aider leurs parents à couvrir différents besoins quotidiens…




Quelques mots appris sur le tas : 

« Agandi ? », Comment vas-tu ? 

« Nije », Je vais bien 

« Webare », Merci 

« Mukama wa Cikunda », Si Dieu le veut

 








Le Kiebe-Kiebe et son musée de N’Gol’odoua

Le Président congolais, Denis Sassou Nguesso a procédé, le 9 mars dernier, à l’inauguration officielle du musée Kiebe-Kiebe au village N...