mercredi 25 octobre 2017

Difficile d’être une femme garde-parc en RDC

Zawadi Bamwisho dans le parc national de Kahuzi Biega


Dans le parc de Kahuzi-Biega au Sud-Kivu, pour monter le Mont Biega (2790 mètres d’altitude), il est obligatoire de partir avec des guides. Et surprise : une jeune femme se trouve parmi les trois guides qui nous accompagnent ce jour là.

Zawadi Bamwisho, 29 ans, arbore fièrement son uniforme vert nature de garde-parc ! Ce que je ne sais pas encore, c’est que ce n’est pas toujours facile pour elle de faire son métier. Certains dans son quartier ne comprennent pas pourquoi une femme fait un métier qui est considéré comme un métier d’homme !

Après une heure de voiture sur une piste difficile longeant le parc, je commence à apercevoir la silhouette caractéristique du Mont Biega véritable dôme volcanique. Arrivés sur une crête, nous nous arrêtons et empruntons un petit sentier traversant les bambous. La pente ne se prête pas vraiment à la discussion avec mes accompagnateurs, mais petit à petit, le chemin devient plus facile et je commence à engager la discussion.
Au début, nous parlons de l’accès des jeunes à l’emploi, un problème qui touche beaucoup de jeunes de mon âge en République démocratique du Congo. C’est là que Zawadi qui, au début semblait timide, nous a raconté comment elle a intégré l’équipe des gardes-parcs à Chivanga, pour le compte de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN).

Stéthoscope ou AK47 ?

Bamwisho Zawadi Bijou est née en 1988 à Bukavu au Sud-Kivu. Elle est issue d’une famille de cinq enfants. Elle contribue aux besoins de sa famille grâce à ce travail. « Ici, je fais partie d’un groupe de neuf femmes formées en 2016 pour la protection de l’Ecosystème. J’ai voulu rejoindre l’ICCN pour protéger l’environnement, mais aussi pour subvenir aux besoins de ma famille », explique la jeune femme.

Etre garde-parc n’est pas le métier que rêvait de faire Zawadi, mais elle s’est engagée par amour pour l’environnement. Dans sa jeunesse, Zawadi rêvait de devenir médecin dans un grand hôpital de Bukavu, mais avec son seul diplôme d’Etat c’était impossible. « Je gagne difficilement ma vie en faisant mon travail, mais lorsque je prends mon AK47, je ressens une certaine force qui me donne du courage. Je suis comme un cultivateur avec sa hache qui ne peut l’abandonner », décrit-elle.

Des dizaines de kilomètres parcourus

Pour vivre, les filles de son âge ont souvent choisi le mariage ou le commerce. Rares sont celles qui acceptent de tenir une arme à feu comme elle le fait. Elle ajoute que dans son quartier, certains la pointent du doigt et l’appellent « soldat », tandis que d’autres par contre la félicitent et l’encouragent.
Aujourd’hui, malgré les longues distances à parcourir et les collines à monter, Zawadi continue d’accompagner les touristes lors de leurs randonnées dans le parc national Kahuzi-Biega. En travaillant comme garde, elle contribue aux besoins de sa famille mais aussi à l’économie de son pays.

 
Esther Nsapu

dimanche 8 octobre 2017

Une maison d’écoute pour les victimes de viol à Nyabibwe

La maison d'écoute de Nyabibwe


Dans le territoire de Kalehe, les viols ainsi que les violences sexuelles liées aux conflits sont un vrai problème dans la zone ainsi que dans toute la province du Sud-Kivu. Cette situation créée de fortes conséquences psychologiques et physiques dans les communautés environnantes.
Pour cette raison, le Comité International de la Croix Rouge (CICR), en collaboration avec la croix rouge RDC ont procédé au lancement des activités de la maison d’écoute au profit des victimes de violences sexuelles de Nyabibwe et environs. 

Nyabibwe est une localité située à une centaine de kilomètres de la ville de Bukavu en province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo. 

Pour soulager le sort des femmes victimes de violences sexuelles, le CICR a donc mis en place une maison d’écoute pour leur permettre de les écouter et de les orienter si nécessaire vers une structure médicale dans un délai de 72 heures. Cette maison d’écoute a un volet psychosocial où les victimes de viol et des violences sexuelles sont prises en charges psychologiquement enfin de leur apporter non seulement un appui mais aussi un soulagement à leurs souffrances et leurs aider à trouver leur propre solution. 
les élèves en sensibilisation sur les VS

Lancée jeudi, les activités de la maison d’écoute de Nyabibwe sont le fruit d’une série de sensibilisations sur l’accompagnement psycho-social et médical des personnes traumatisées plus particulièrement les victimes de viol et de violence sexuelles. Ces sensibilisations se sont déroulées de porte à porte, d’une manière publique à travers les théâtres participatifs, et à travers des ateliers avec plusieurs couches de la communauté entre autres les élèves finalistes, les enseignants, les motards, les églises et les organisations locales de défense des droits de l’homme.
La déléguée Santé mentale et psycho-sociale au CICR Sud-Kivu, Sofia Gimenez, dit que la campagne de sensibilisation avait pour but de faire connaitre aux habitants du territoire de Kalehe, la maison d’écoute qui est une structure d’accompagnement psycho-social et médical aux victimes de viol et violence sexuelles. « Les communautés doivent savoir que les victimes de violences sexuelles sont des personnes comme nous et nous ne devons pas les stigmatiser. Nous référons les victimes vers les structures sanitaires adaptées en cas de viol dans un délai de 72 heures pour un traitement médical préventif ».
Interrogé, le responsable de la maison d’écoute de Nyabibwe Mr Maulizo Papy, a déclaré que depuis l’existence de la maison d’écoute au mois de juin, 63 victimes ont été enregistrées, parmi elles 37 victimes de violences sexuelles et 26 victimes de viols. Il ajoute que suite aux campagnes de sensibilisation menées, les victimes viennent des villages environnants comme Lushebere, Mukisha et même des haut-plateaux. 
sensibilisation à travers le théâtre participatif

« Nous ne cessons de dénoncer ces cas de violences sexuelles à Nyabibwe. Beaucoup de victimes sont des femmes qui se rendent dans les marchés tels que ceux de Ziralo ou de Shanje. Cette campagne de sensibilisation va aider les habitants à ne pas les mépriser ni les stigmatiser mais plutôt à les accompagner à travers des conseils » a dit Jacques Kapuli, chef de poste d’encadrement administratif de Nyabibwe.  

La maison d’écoute est ouverte de 8h00 à 18h00 tous les jours et reçoit toutes les victimes indistinctement de leur ethnie, de leur sexe ou de leur âge.

Esther NSAPU

lundi 2 octobre 2017

Les attaques d’Uvira, conséquence du blocage politique en RDC ?




La cité d'Uvira 
Après deux jours d’intenses combats, le week-end a été paisible dans la ville d’Uvira, en province du Sud-Kivu. Une coalition de milices se battait contre les Forces armées de la RDC, affirmant son objectif de chasser Kabila et son régime. L’évêque d’Uvira Monseigneur Sébastien Muyengo fustige la non-application de l’accord de la Saint-Sylvestre comme cause de ces attaques contre la ville d’Uvira.
 
La vie reprend petit à petit son cours normal à Uvira. Samedi le centre-ville était mouvementé. Boutiques, magasins, écoles et universités ont rouvert leurs portes. La circulation routière s’est aussi normalisée. Nous avons pu voir certaines personnes qui s’étaient réfugiées au Burundi voisin revenir à Uvira. « C’est grâce aux efforts des forces loyalistes avec l’appui des casques bleus de la Monusco », a affirmé l’administrateur du territoire d’Uvira devant la presse. Stéphanie Milenge a aussi dénoncé les vols de bétails par les miliciens : « C’est pour renforcer et nourrir leurs troupes dans les villages aux environs d’Uvira. J’invite donc les habitants à dénoncer tout cas où toute personne suspecte dans leurs milieux pour décourager ces miliciens. »

C’est la faute aux politiciens

« Même si aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée dans la population civile, nous déplorons la disparition de deux jeunes Banyamulenge, enlevés jeudi lors des combats dans la localité de Swima par les miliciens et dont nous n’avons aucune nouvelle jusqu’à présent », déplore Majaliwa Kanaza président du Comité d’actions pour le développement intégral (CADI), une association de défense des droits de l’Homme basée à Uvira. L’évêque d’Uvira Monseigneur Sebastien Muyengo demande aux autorités du pays de penser à la sécurité des populations. Il déplore le fait que plusieurs villages du territoire de Fizi et d’Uvira comme le village de Bijombo soient les cibles de ces miliciens qui tuent et pillent les paisibles citoyens, sans que personne ne le dénonce.
« Tout ceci, ce sont les conséquences du blocage politique en RDC. Tous les groupes armés trouvent un motif de perturber l’ordre public car l’accord de la Saint-Sylvestre n’a pas été respecté. Sans l’organisation des élections en bonne et due forme, le pays ne peut pas s’en sortir », a-t-il déclaré.
Cette situation va sûrement impacter la vie quotidienne de nombreux habitants d’Uvira qui eux vivent du commerce transfrontalier. D’autres vivent du commerce entre la ville et les villages des alentours. Ceux qui apportent régulièrement des produits de la brousses ne le peuvent plus car ils fuient la présence des miliciens. 



Esther NSAPU  

Difficile d’être une femme garde-parc en RDC

Zawadi Bamwisho dans le parc national de Kahuzi Biega Dans le parc de Kahuzi-Biega au Sud-Kivu, pour monter le Mont Biega (2790 mè...