mercredi 9 mars 2016

Ruzizi, l’autre frontière



J’ai souvent écrit sur la frontière Goma-Gisenyi mais à présent je voudrais vous parler de cette frontière Bukavu-Cyangugu.
 Ici le lac n’est pas aussi grand qu’à Goma et c’est finalement par la rivière Ruzizi que l’eau du lac s’échappe pour rejoindre un peu plus au Sud le lac Tanganyika. Ici point de grande barrière ni de petite barrière avec sa longue file de frontaliers qui traversent. 


Le poste de Ruzizi est plutôt calme bien qu’un grand pont attende d’être inauguré par la Communauté économique des pays des Grands Lacs. Au bout du vieux pont, côté rwandais, les motards attendent les voyageurs.

C’est ici que j’arrive en ce vendredi 26 février. Quittant Bukavu, j’ai l’impression d’arriver dans une ville endormie. A l’entrée de la ville, mon attention est retenue par un grand ficus au pied duquel trône une statue d’un lion. Il symboliserait le départ forcé du roi Yuhi V Musinga pour Moba (au Congo) détrôné et emmené de force par la puissance belge en 1931.

 A côté de là, la poste et plusieurs bâtiments semblent désaffectés. Seul le port où des caisses de Primus sont déchargées par centaines redonne peu de vie ainsi qu’un chantier d’un gros bateau de voyageurs (Emmanuel IV ?)

De l’endroit où je loge, le pays n’est pas loin. En effet, les presqu’îles de Bukavu sont juste en face de moi à moins de 400 mètres à vol d’oiseau. Mais côté rwandais, c’est là qu’on trouve le plus d’îles. La plus intéressante est sans conteste l’île de Gihaya accessible par un petit bateau depuis Kamembe.


Sur cette petite île rwandaise qui s’étend sur deux kilomètres de long sur 400 mètres de large, la principale langue parlée est le Kihavu comme sur l’île congolaise d’Idjwi. On y trouve aussi la coopérative Noza Ubukorikori composée de 44 femmes qui fabriquent des petits paniers Agaseke (Kitunga en Kiswahili local) qu’elles vendent aux touristes de passage et aux locaux.

Cela leur procure une activité et des revenus complémentaires lorsqu’elles ne sont pas occupées à cultiver leurs champs. Un peu plus loin se trouve l’ancienne résidence de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana. Aujourd’hui il ne reste qu’une vaste pelouse et de beaux arbres où les enfants jouent au foot et où les pêcheurs réparent leurs filets.

 Le reste de l’île est couvert de plantations de manioc à l’exception de quelques broussailles épaisses qui abriteraient un gros serpent noir. Cependant, l’orage qui se profile à l’horizon a vite fait de me faire presser le pas pour vite regagner la rive.

Esther Nsapu  

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